Texte à méditer

Méditer autour d’un texte, d’une prière

L’évangélisation

Comment faire des disciples ?
Si un disciple est un apprenti qui désire ardemment grandir et qui est avide de connaissances, comment faire ?
Même si quelqu’un « croit » en Jésus ou va à l’église, cela ne veut pas forcément dire qu’il a soif.
Quelque chose doit se passer pour la susciter : ce quelque chose, c’est l’évangélisation.
On sait que le sens littéral d’« évangéliser » est « annoncer la Bonne Nouvelle ». (…).
La triste réalité, pour nous curés, animateurs et toutes les personnes qui prennent soin de l’Église, est que nombre de fidèles n’ont pas rencontré Jésus personnellement, et par conséquent n’ont pas soif de lui.
L’ombre du devoir et de la peur comme motivation religieuse plane au-dessus de nous.
Cependant, l’Évangile nous dit que dans ce cas, l’amour parfait n’a pas été découvert (Jn 1,4-18).
Bien souvent, il ne s’agit pas d’une réduction intentionnelle de la foi à une connaissance élémentaire de Jésus, mais d’un manque de sensibilisation sur le fait qu’on peut le connaître, être connu et aimé personnellement de lui. (…).
Le fait que tant de catholiques sont entièrement convaincus qu’il ne leur manque rien, montre que leur expérience hebdomadaire de la foi et de la « religion » fait office de piqûre administratrice des pleins pouvoirs de la foi chrétienne.
Nombreux sont ceux qui, libérés des griffes du devoir, de la culpabilité ou de la peur, s’en vont et rejettent une version creuse de la vraie foi.
A cause de cela, nous les curés, avons trop souvent capitulé et élaboré des méthodologies pastorales faites pour nourrir ceux qui n’ont pas faim.
Sous la pression de paroissiens distraits et ennuyés, nous prêchons des homélies de plus en plus courtes, conscients que beaucoup seraient assez heureux de se passer de tout ce bazar pour arriver plus vite à la communion et pouvoir se lancer dans une course effrénée vers leur voiture.

Que faire ? Ce dont nous parlent nos papes depuis Paul VI jusqu’à François. Il doit y avoir une nouvelle évangélisation. Jésus-Christ doit être proposé à nouveau !
Nous devons nous débarrasser de cette armure invisible que beaucoup portent dans nos bancs.
Nous devons chercher à créer des espaces où les gens pourraient connaître Jésus, le Dieu vivant, puis susciter cette soif et commencer à les former, pour en faire des disciples.
Nous devons redécouvrir notre identité et placer le cœur de la mission du Christ pour son Église au centre de toutes nos actions, pour qu’au cœur de toute paroisse, il y ait une communauté de croyants grandissants et murissants qui s’engagent dans un apprentissage discipliné et permanent, qui découvrent les dons que Dieu leur a faits, et qui se préparent à servir puis finalement à devenir des disciples.
Nous devons travailler pour que cette Église de disciples puisse enfin, un jour, être considérée comme normale.

Père James Mallon, Manuel de survie pour les paroisses, Éditons Artège, Paris, 2015, pages 27-29

Former des disciples

Que voulons-nous dire par former des disciples ?

Dans la culture pastorale, nous utilisons souvent des termes tels que « disciple » ou « apôtre » sans comprendre le sens de ces mots.
Le terme « disciple » est si essentiel à l’appel de Jésus que nous devons en connaître la signification. (…)
Être disciple de Jésus-Christ, c’est donc être apprenti, c’est s’engager dans une étude continue de et sur Jésus le maître, Jésus l’enseignant. « Disciple » vient du latin discipulus et suggère que le processus d’apprentissage n’est pas aléatoire, mais intentionnel et réglé.
Devenir disciple, c’est s’engager dans un tel processus de croissance. Mais combien de nos paroissiens ce terme décrit-il sincèrement ?
Nous avons tous, dans nos églises, des personnes passionnées par la foi, engagées et avides de grandir et d’apprendre, mais elles ne sont, malheureusement qu’une petite minorité considérée comme un peu étrange par les « catholiques normaux ». (…)

Ce sont les membres de nos églises qui sont appelés à être eux-mêmes des disciples. Un autre obstacle à cette mission est l’idée selon laquelle la progression dans la foi, pour un adulte, est entièrement facultative et non essentielle.
On y accorde de l’importance pour les enfants et les adolescents, mais on pense d’une certaine manière que les adultes n’ont pas besoin d’apprendre, de grandir ou de mûrir.
Dans les cercles catholiques, le catéchisme est généralement perçu comme réservé aux enfants.
Même si les laïcs dans l’Église sont plus instruits et plus professionnels qu’à toute autre époque de l’histoire, les connaissances en matière de foi, de théologie, des Écritures saintes et de la vie spirituelle ont pris un sérieux retard.
Ces cinquante dernières années, notre société a subi, disons-le ainsi, les transformations sociales les plus rapides de l’histoire de l’humanité. Tandis que la dernière génération a connu plusieurs changements de modèle social, la pastorale de l’Église catholique dans son ensemble en Occident, est restée inchangée depuis le début de cette constante évolution. (…)

Et c’est là que tous ont découvert les lignes de faille.
Des centaines de milliers de catholiques fidèles et fervents portent désormais le lourd fardeau d’enfants et de petits-enfants qui ont abandonné « la foi ». Ces catholiques fidèles alourdissent leur fardeau en se blâmant eux-mêmes pour cette situation, sans vraiment savoir ce qu’ils ont fait de mal.
Après tout, ce qu’ils ont fait pour leurs enfants, leurs parents l’avaient fait pour eux. Il est inutile de pointer du doigt qui que ce soit. Le fait est que toutes les règles ont changé.
Nous n’avons plus le soutien culturel d’autrefois, et la société est maintenant contre nous.
La seule solution envisageable est de retourner à ce que Jésus nous a demandé il y a deux mille ans : de ne pas faire seulement des croyants ou des « catholiques pratiquants » mais des disciples.
De faire des disciples. C’est tout ! Voilà le cœur du problème et l’angle sous lequel nous devons évaluer toute activité de l’Église.

Père James Mallon, Manuel de survie pour les paroisses,
Éditons Artège, Paris, 2015, pages 27-29

La mission

… Ainsi, si nous existons pour la mission, quelle est la mission de l’Église ?

Pour répondre à cette question, il faut regarder les derniers versets de l’évangile de saint Matthieu, le passage connu sous le nom de mission universelle (Mt 28, 19-20).
Ici, les disciples hésitants reçoivent cet ordre : « Allez ! De toutes les nations, faites des disciples ;
baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé ».
Les traductions de ce texte varient légèrement, mais ce qui est indéniable, c’est que Jésus confie quatre missions à son Église naissante : « allez, faites, baptisez et enseignez ».

Que choisissez-vous : d’aller, de faire, de baptiser ou d’enseigner ?

Voici la réponse : Le verbe fini est « faire », littéralement faire des disciples (math-eteusate).
Cette mission est le cœur même de l’envoi en mission et c’est autour d’elle que tous les aspects missionnaires de l’Église s’articulent : aller, baptiser, enseigner.

Considérez ceci : dans les derniers siècles, l’Église catholique avait le mérite d’être une grande Église missionnaire. Nous sommes allés.
Nous possédons une riche tradition d’enseignement et sommes reconnus pour nos écoles, nos universités et nos programmes éducatifs. Nous enseignons.

Certainement, nous savons comment baptiser et célébrer tous les autres sacrements, mais notre faiblesse pastorale, la mission avec laquelle nous avons le plus de difficultés, est celle qui réside au cœur même de la mission confiée par le Christ à l’Église : faire des disciples.

Manuel de survie pour les paroisses, James Mallon, pp 26 et 27

Se souvenir de notre identité et de notre mission

Aujourd’hui, on parle beaucoup de crises dans l’Église.
On nous dit qu’il y a une crise des vocations, une crise de la famille, une crise du mariage, une crise financière, une crise de la foi, une crise des abus sexuels, une crise de l’autorité et une crise des (écrivez la vôtre ici : une crise de …)
Bien qu’il y ait une multitude de choses intéressantes à dire à ce sujet, j’affirme que notre plus grande crise est une crise d’identité, et que ces autres crises ne sont que des symptômes de cette plus grande crise : nous avons oublié qui nous sommes et ce que nous sommes appelés à faire en tant qu’Église.
Le cas échéant, nous oublierons bientôt non seulement l’utilité de nos bâtiments, mais surtout pourquoi nous existons en tant qu’Église. (…)

La crise d’identité actuelle dans l’Église n’est pas différente de celle qui existait du temps de Jésus.
On dit que ce n’est pas tellement l’Église qui a une mission, mais plutôt que c’est la mission de Jésus-Christ qui a une Église.
Mais nous, nous avons si bien oublié notre appel essentiel à être missionnaires que nous sommes contentés de nous entretenir et de nous servir.
Au cours des cinquante années passées, les papes et les théologiens ont fréquemment insisté sur le fait que l’Église existe pour la mission.
Mais la plupart des catholiques voit la mission comme quelque chose que seul un petit groupe d’élus mène dans des terres lointaines, et beaucoup de paroisses, paralysées dans une culture d’entretien, ne s’attachent au mieux qu’à répondre aux besoins des paroissiens.
Comme Israël au temps de Jésus, nous sommes devenus les voleurs du peuple vers lequel Dieu nous a demandé d’aller, pour que son « salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre » (Is 49, 6)

Père James Mallon, Manuel de survie pour les paroisses,
Éditons Artège, Paris, 2015, pages 21-26

En chrétien

La tradition chrétienne est marquée par trois vertus théologales : la foi chrétienne qui est la base, l’espérance qui oriente l’existence du croyant, la charité chrétienne qui désigne les tâches à accomplir.

Le christianisme ne propose rien d’autre que d’aimer en vérité. « Aime et fais ce que tu veux », dit Saint Augustin. Mgr Doré, théologien reconnu, devenu archevêque de Strasbourg en 1997, a défini dans un livre ce qu’est la grâce de vivre en chrétien.
Il illustre cette démarche par un petit conte que voici :

« Quatre bougies brûlaient dans une pièce et conversaient.
La première dit : je suis la paix ! Mais personne ne maintient ma flamme.
Je vais m’éteindre.
La deuxième dit : je suis la foi ! Je ne suis plus indispensable dans le monde ;
une simple brise la souffla.
La troisième dit : je suis l’amour ! Les gens ne me comprennent pas et oublient leurs proches ;
et elle s’éteint.
Un enfant entre et voit les trois bougies éteintes. Vous devriez bel et bien tenir allumées ;
et il se mit à pleurer.
La quatrième bougie dit : n’aie pas peur, petit, tant que j’ai ma flamme, nous pouvons allumer les autres bougies, la paix, la foi et l’amour, car je suis l’espérance !
Et l’enfant prend la bougie de l’espérance et rallume les trois autres. »

Ce conte nous fait comprendre que l’espérance est la plus résistante de toutes les attitudes humaines : « Une toute petite fille », comme dit Péguy ; elle est la vie même et elle est motrice.

Dans la crise actuelle de notre société, il nous faut vivre plus que jamais en chrétien, c’est-à-dire adhérer à la foi en Dieu par la prière et la lecture de l’évangile, croire en l’espérance et nous engager au service des autres. C’est aussi l’objectif fixé par Raoul Follereau, précurseur de l’action humanitaire, dans son livre d’amour. « La civilisation, dit-il, ce n’est ni le nombre, ni la force, ni l’argent ; la civilisation, c’est de s’aimer ».

Faisons nôtre la règle bénédictine qui repose sur trois piliers : prier, travailler et lire l’Écriture sainte.

 

KLEIN Charles