Texte à méditer

Méditer autour d’un texte, d’une prière

Une Eglise aux changements nécessaires mais douloureux

Cette douleur se fait encore ressentir dans le monde occidental à cause de l’effondrement institutionnel des structures paroissiales de nombreux diocèses.
Les fermetures de paroisses, les fusions, les jumelages et les regroupements se multiplient.
De mes quatorze années de prêtrise, j’en ai consacré onze à fusionner des paroisses, et parfois à régler l’effondrement complet de notre infrastructure.
On peut toujours justifier ces changements.
Ils ont lieu pour le bien de l’Église, administrativement et financièrement. Ils nous aident à faire face à la pénurie de prêtres, ou dans le meilleur des cas, à soutenir l’infrastructure de l’Église pour sa mission.
Cependant, peu importe le motif de ces actions, et peu importe leur type et leur forme, elles restent douloureuses.

L’Église est véritablement composée de personnes et non de bâtiments (il s’agit de pierres vivantes, non de briques et de mortier), mais c’est douloureux, car cela nous rappelle le déclin institutionnel auquel nous devons faire face.
Nous savons qu’il y a des motifs légitimes à ces changements et qu’ils représentent la meilleure chose à faire dans la situation actuelle. Néanmoins toutes ces considérations n’ôteront pas la profonde conviction que la fermeture d’une Église est toujours « tragique » et qu’il s’agit finalement, d’une conséquence de la mauvaise santé de l’Église et de son manque de développement.
Cette prise de conscience est également douloureuse.
C’est, selon moi la douleur la plus profonde que les fidèles ressentent lorsqu’ils perdent leur identité dans la fusion ou la fermeture de leur paroisse.
Cette douleur plus profonde est plus grande que la douleur immédiate de quitter un établissement qui a marqué et formé leur vie, et plus grande aussi que la douleur de perdre leur stabilité et leurs habitudes en changeant pour quelque chose de nouveau, d’inconnu voire même d’étranger.

« Mes yeux sont usés par les larmes, mes entrailles frémissent ; je vomis par terre ma bile face au malheur de la fille de mon peuple (Lm 2,11)

Père James Mallon, Manuel de survie pour les paroisses Ed. Artège, Paris 2015, Pages 58 à 59

 

 

La réalité d’une Eglise installée dans la routine

Au cours de mes dix-sept années de sacerdoce dans ce petit coin du monde qu’est l’Est canadien, j’ai remarqué que même ceux qui sont les « pierres vivantes » du temple de Dieu ne manquent pas de peine.
Il y a d’abord cette douleur trop courante de voir sa famille et d’autres fidèles s’éloigner de l’Église, de la foi en Jésus-Christ et même de la foi en Dieu.
Cette douleur est particulièrement aiguë dans la vie de beaucoup de paroissiens qui ont été témoins de l’apostasie générale de toute leur famille.
Perplexes, ces fidèles se demandent : « Qu’ai-je fait de mal ? » en se battant avec leurs enfants et leurs petits-enfants indifférents ou hostiles envers l’Église et la foi. Beaucoup de larmes ont coulé.
Sainte Monique n’a jamais eu autant d’enfants spirituels recourant à son intercession pour leurs fils et filles entêtés.

« Écoutez donc, vous, tous les peuples, et voyez ma douleur : mes vierges et mes jeunes gens sont partis en captivité » (Lm 1,18).

Nos fidèles sont en droit de nous demander, à nous les pasteurs, ce qu’ils ont fait de mal, car ils l’ignorent sincèrement.
Ils ont fait pour leurs enfants ce que leurs parents avaient fait pour eux.
Il n’y a rien de plus naturel que cela.
Le problème est que personne ne leur dit que les règles avaient changé.
Comme un match de rugby qui, sans prévenir, devient un match de football à la deuxième mi-temps, nombre de personnes souffrent d’être pénalisées sans savoir pourquoi.
Tout ce qu’ils ont fait pour leurs enfants aurait suffi si l’on était encore en 1956, mais cette période aurait très bien pu remonter à mille ans.
Nos fidèles ont besoin qu’on traite leur douleur et ils ont besoin de trouver la paix du Seigneur.

Parmi les missions du berger, il y a celle qui consiste à garder les brebis et à les défendre des dangers imminents.
Nous, les bergers, devons reconnaître nos échecs pour reconnaître les signaux temporels et tirer les sonnettes d’alarme, même au risque de troubler la paix.
Nous, les bergers, sommes censés assurer la surveillance, donner l’alerte à l’approche d’un ennemi et inciter à se préparer en urgence, mais nous avons échoué et c’est tout aussi douloureux.

« Ses portes s’enfoncent sous la terre : il en a détruit et brisé les barres » (Lm 2,9).

Père James Mallon, Manuel de survie pour les paroisses Ed. Artège, Paris 2015, Pages 56 à 57

 

Méditons avec le père Pierre-Joseph TRIEST

« HEUREUX LES CŒURS PURS, CAR ILS VERRONT DIEU » (Mt 5,8)

Pratiquer avec ponctualité l’amour réciproque.
Prévenir les désirs d’autrui en vous exprimant les uns les autres l’amour réciproque en toute occasion.
Ne pas causer ou donner le moindre chagrin, la moindre peine ou mécontentement.
Supporter les faiblesses réciproques avec amour.
Ne pas se plaindre de quiconque.
S’aider les uns les autres.
Ne pas envier autrui.
Se montrer réciproquement de la bienveillance et vous réjouir lorsqu’on est bon pour l’autre.
Ne jamais dire des propos médisants, de quelque manière que ce soit.
Ne jamais parler des fautes d’autrui si petites ou si bien connues qu’elles soient.
Ne jamais faire manquer de quelque chose à vos confrères ou vos consœurs.
Ne jamais dire mot sur ce qui vous a été confié sur quelqu’un, car ainsi vous semez la querelle
et la discorde parmi la communauté.

Écrits, 1820, sermons et autres manuscrits

Source revue « parole et prière »

Liturgies de la Parole de Dieu

Un lecteur, un livre, une assemblée et, invisible, l’Esprit du Seigneur.

Au retour de l’Exil, le peuple juif rebâtit le temple de Jérusalem, puis les remparts de la ville ; et tous s’établissent dans les villes et les terres qui appartenaient à leurs pères.
On pourrait penser que la réinstallation en Israël est terminée.
En fait, il y manque encore le fondement : la loi de Moïse donnée par Dieu doit être placée au centre de la vie du peuple.
Cela a lieu au cours d’une liturgie de la parole, une cérémonie solennelle où le texte hébreu de la Loi est proclamé par Esdras, puis traduit par les Lévites en araméen, devenu la langue usuelle (première lecture).
Tous peuvent comprendre et rendre grâce à Dieu. Et bientôt, ils s’engageront à être fidèles à cette parole de Dieu proclamée.
C’est le renouvellement de la première alliance.

Dans l’évangile de Luc, ce sera aussi une liturgie de la Parole, quoique plus modeste, qui marquera la mission de Jésus annonçant la bonne nouvelle dans la synagogue de Nazareth, son village (évangile).
En lui, les prophéties ne sont plus seulement proclamées, elles s’accomplissent : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre. »
Et il s’applique à lui-même le passage d’Isaïe qu’il vient de lire. En effet, l’Esprit du Seigneur est sur lui, qui a été consacré par l’onction, et est donc Christ ; il est le porteur de la Bonne Nouvelle, l’Évangile, aux pauvres ; il apporte la lumière, la liberté authentique, une époque nouvelle : on passe de l’ancienne à la nouvelle alliance annoncée par le prophète Jérémie (Jr 31,31-34).

Ces deux liturgies fondatrices inspirent nos liturgies de la Parole, notamment celles qui constituent la première partie de chacune de nos eucharisties.
Car, là aussi, Dieu parle à son peuple, qui entend et comprend sa parole, et vient vivifier à nouveau son alliance avec lui.

Missel des dimanches, 2019

De disciples à apôtres

Être une Église de disciples, ne représente seulement qu’une partie de notre mission.
Cette Église de disciples doit « aller « et « faire des disciples » de toutes les nations, de toutes les personnes.
Nous sommes envoyés par le Seigneur pour proclamer la Bonne Nouvelle non seulement aux catholiques tièdes et éloignés de la foi, mais à tous ceux qui ne connaissent pas le Christ et son Église.
Nous sommes appelés à nous rendre aux marges de la société, à aller vers les pauvres, les riches, les plus vulnérables et tous ceux qui se cachent dans leurs quartiers résidentiels protégés.
Nous sommes appelés à aller vers les autres, Jésus a dit : « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie » (Jn 20,21).
Le mot grec qui signifie « envoyer » est appolstellein.
Un apôtre est un envoyé. En acceptant la grande mission de Jésus nous comprenons que nous avons été envoyés, que nous sommes des apôtres.
Cet envoi constitue la nature de l’Église, ce qui confirme lorsque nous disons que l’Église est apostolique.
C’est le premier sens de ce terme.

Plus tard il sera associé au ministère des Douze et de leurs successeurs, et leur rôle dans la sauvegarde du dépôt de la foi de l’Église.
Nous voyons son premier sens dans la bouche de Jésus lui-même.
Nous sommes une Église envoyée. L’équivalent en latin d’apostellein est le verbe mittere, qui donne le nom missio, « mission » en français.
Un apôtre est donc un missionnaire.
Si l’Église est apostolique, elle est missionnaire par nature : c’est ce que nous sommes, c’est notre identité profonde. « Comment proclamer sans être envoyé ? » demande Saint Paul (Rm 10,15).
Les disciples doivent finalement devenir des apôtres. (…)

L’Église évangélise et fait des disciples et les envoie comme missionnaires pour évangéliser et faire davantage de disciples qui peuvent être baptisés et formés et finalement envoyés.
Quand l’Église va bien, c’est ce qu’elle fait.
Quand elle ne va pas bien, et qu’elle se transforme, c’est qu’elle a oublié sa grande mission d’être lumen gentium, une lumière pour les nations, comme Israël l’avait oublié au temps de Jésus.

Père James Mallon, Manuel de survie pour les paroisses,
Editions Artège, Paris 2015, Pages 31 à 32