La réalité d’une Eglise installée dans la routine

Au cours de mes dix-sept années de sacerdoce dans ce petit coin du monde qu’est l’Est canadien, j’ai remarqué que même ceux qui sont les « pierres vivantes » du temple de Dieu ne manquent pas de peine.
Il y a d’abord cette douleur trop courante de voir sa famille et d’autres fidèles s’éloigner de l’Église, de la foi en Jésus-Christ et même de la foi en Dieu.
Cette douleur est particulièrement aiguë dans la vie de beaucoup de paroissiens qui ont été témoins de l’apostasie générale de toute leur famille.
Perplexes, ces fidèles se demandent : « Qu’ai-je fait de mal ? » en se battant avec leurs enfants et leurs petits-enfants indifférents ou hostiles envers l’Église et la foi. Beaucoup de larmes ont coulé.
Sainte Monique n’a jamais eu autant d’enfants spirituels recourant à son intercession pour leurs fils et filles entêtés.

« Écoutez donc, vous, tous les peuples, et voyez ma douleur : mes vierges et mes jeunes gens sont partis en captivité » (Lm 1,18).

Nos fidèles sont en droit de nous demander, à nous les pasteurs, ce qu’ils ont fait de mal, car ils l’ignorent sincèrement.
Ils ont fait pour leurs enfants ce que leurs parents avaient fait pour eux.
Il n’y a rien de plus naturel que cela.
Le problème est que personne ne leur dit que les règles avaient changé.
Comme un match de rugby qui, sans prévenir, devient un match de football à la deuxième mi-temps, nombre de personnes souffrent d’être pénalisées sans savoir pourquoi.
Tout ce qu’ils ont fait pour leurs enfants aurait suffi si l’on était encore en 1956, mais cette période aurait très bien pu remonter à mille ans.
Nos fidèles ont besoin qu’on traite leur douleur et ils ont besoin de trouver la paix du Seigneur.

Parmi les missions du berger, il y a celle qui consiste à garder les brebis et à les défendre des dangers imminents.
Nous, les bergers, devons reconnaître nos échecs pour reconnaître les signaux temporels et tirer les sonnettes d’alarme, même au risque de troubler la paix.
Nous, les bergers, sommes censés assurer la surveillance, donner l’alerte à l’approche d’un ennemi et inciter à se préparer en urgence, mais nous avons échoué et c’est tout aussi douloureux.

« Ses portes s’enfoncent sous la terre : il en a détruit et brisé les barres » (Lm 2,9).

Père James Mallon, Manuel de survie pour les paroisses Ed. Artège, Paris 2015, Pages 56 à 57

 

La réalité d’une Eglise installée dans la routine