Texte à méditer

Méditer autour d’un texte, d’une prière

Le temps de la jeunesse – volet 6

Lettre pastorale sur les jeunes Monseigneur Luc Ravel

Troisième conviction (très juste) : les jeunes sont le présent de l’Église.

« Leur vigueur, leur jaillissement, leur éclat revitalisent nos paroisses ou nos mouvements. Ils reflètent la jeunesse éternelle de l’Église. »
Réponse de l’archevêque : oui sans aucun doute.
Certes, aujourd’hui, nous nous débrouillons souvent sans eux. Et nos Messes ne manquent pas de sérieux, nos services de sensibilité, nos réflexions de hauteur. On ne voit pas immédiatement de trous dans nos dispositifs pastoraux, si ce n’est à certains moments où nous aimerions avoir des « troupes fraîches » pour manutentionner. Il ne nous apparaît pas fréquemment et de façon évidente que les jeunes manquent déjà à nos communautés, si ce n’est quand nous envisageons le futur.
Or il s’agit du présent. Aujourd’hui en 2017, voyons-nous des trous dans nos filets ? Souffrons-nous de l’absence (ou de la sous-représentation) des jeunes ?
Oui sans aucun doute, ils sont le présent de l’Église.
Seule cette conviction forte nous engage immédiatement (sans délai et sans intermédiaire) à les raccrocher ou à les accrocher au train de l’Évangile. Il n’y a pas à laisser la place aux jeunes dans nos communautés comme si nous étions déjà tellement habitués à n’y voir que des têtes blanches que nous aurions oublié que les enfants et les jeunes y ont une place de droit. Nous ne leur concédons pas un privilège.
Ce droit d’être avec nous, parmi nous, avant nous, leur vient de Dieu.
N’ayons pas peur : nous n’avons pas à abandonner notre place d’adultes confirmés.
Il s’agit qu’ils occupent la leur. Nous devrions laisser des sièges vides dans nos assemblées ou nos réunions comme pour dire : « Dommage, il manque quelqu’un ! »
Avec une sagacité un peu acide, certains reconnaîtront que les places vides occupent déjà nos bancs, au moins ceux des premiers rangs.
Place royale aux enfants (même bruyants) dans nos assemblées.
Place bienveillante aux jeunes mamans obligées de sortir trois fois au cours de la Messe.
Place privilégiée aux personnes handicapées avec leurs fauteuils encombrants, leurs gestes brusques et leurs sons incontrôlés.
Place aux jeunes dans le chœur, la chorale, les conseils, les missions.
… à suivre

Le temps de la jeunesse -5-

« Demain, ils tiendront la place de leurs anciens aux conseils de fabrique, à la chorale, comme prêtres ou pères de famille, comme mamans ou petites sœurs consacrées. »

Réponse de l’archevêque : oui mais.

Certes, ceux qui ont 60 ans aujourd’hui en auront 85 dans 25 ans. Sauf à mourir avant. Et ceux qui en ont 20 en auront 45. Là, nous enfonçons des portes ouvertes. Et souvent sans même tirer toutes les conséquences de cette addition : dans 25 ans, les jeunes d’aujourd’hui ne seront plus les jeunes. Il est à espérer qu’ils se tournent alors vers les jeunes du moment (pas encore nés à cette heure) pour les intégrer sans tarder.

Oui mais, car prenons garde que la formule « ils sont l’avenir de l’Église » ne nous dédouane de nos difficultés actuelles à rejoindre les jeunes et à nous laisser rejoindre par eux. La formule peut même pousser à l’idée suivante : s’ils ne sont que l’avenir de l’Église et du monde, il n’est pas la peine de les intégrer aujourd’hui. De façon automatique, ils prendront la relève de leurs aînés. Et c’était vrai naguère quand les jeunes, imprégnés de l’Évangile dès leur jeune âge, piaffaient aux portes des responsabilités encore (re)tenues par les adultes. Mais ce temps-là est révolu, même en Alsace. La preuve en est que, lorsque les personnes en responsabilité s’éclipsent après avoir beaucoup donné, qui veut la place vacante ? Il n’y a pas grand monde pour prendre la succession.

Si les jeunes n’entrent pas immédiatement dans nos communautés, qui nous assure qu’ils le feront mariés, engagés professionnellement, dans la pleine stature de leurs responsabilités humaines et le manque de temps qui va avec ?

Mon expérience de jeune participe à cette deuxième conviction : en me sentant à nouveau catholique sans réticence, je n’ai pas eu conscience de préparer l’avenir de l’Église ou de me former pour occuper des postes pastoraux stratégiques. Je ne pensais même pas à une vocation consacrée. J’ai eu envie de vivre et de vivre à fond tout de suite avec le dévoilement puissant (et inattendu) de la dimension transcendante du monde. Avec une fringale un peu déraisonnable, je me suis engagé à l’aumônerie (nuits d’adoration, messes, revue de la communauté chrétienne, etc.) ou en-dehors (ADT quart monde, foyer de jeunes filles etc.) C’était ma joie. Elle le demeure. Il ne m’intéressait pas de savoir ce que je serai. Il fallait que je fusse. Et à vingt et un ans, on vit à toute vitesse. On mord dans la vie à pleines dents. On conjugue avec aisance études et activités, travail et vie associative.

Oui la jeunesse voit loin. Mais elle regarde justement plus loin que ce demain que les adultes prétendent lui réserver. Elle voit l’Éternité présente dans l’aujourd’hui et elle n’a pas envie de manquer sa chance.

Le Temps de la Jeunesse 4 (suite)

Lettre pastorale sur les jeunes Monseigneur Luc Ravel

N’inversons pas le processus : ce n’est pas parce que nous rajeunissons l’Église que les jeunes y entrent. C’est parce qu’ils y entrent que l’Église rajeunit.
En s’y intégrant, les jeunes se chargent de renouveler en profondeur nos assemblées.

Mon expérience de jeune contribue à cette première conviction : ce n’est pas en se contorsionnant que nous serons attirants. A 20 ans, je n’ai pas adhéré à neuf et de toute la force de mon âme à la religion catholique parce que j’ai été séduit par des musiques nouvelles ou par des exigences amoindries. L’atmosphère fraternelle de mon aumônerie étudiante n’était pas due à des accommodements. Mes souvenirs sont très précis : ma foi personnelle date d’une rencontre de Dieu, sur une montagne de Haute Savoie, lourde de neige, légère d’un silence où s’élevait la prière de moniales. Je n’avais rien choisi sinon les grands espaces. Je n’attendais rien sinon l’ivresse de la Nature. Un livre trouvé au hasard et ouvert au petit bonheur la chance m’avait servi de guide. Combien de fois l’ai- je relu ce « Silence cartusien » dont je ne comprenais même pas le titre ? Combien de marches dans ces chemins creux habillés de soleil ? Au fil de ces heures suspendues au Ciel, quelque chose m’attirait puissamment à l’intérieur. Sans le savoir, je découvrais l’oraison. Et je la prolongeais auprès des petites sœurs de Bethléem, dans leur chapelle embaumée d’étranges parfums.

Dans cette Église violemment bousculée par un après-Concile compliqué – nous sommes en 1977 – je ne retrouvais qu’une « chose » : le Christ redimensionnant mon monde intérieur par l’adoration. C’est peut-être pourquoi je peine encore à comprendre ces oppositions tenaces entre traditionalistes-progressistes, adorateurs-acteurs…
Toutes ces diversités réelles de l’Église, je les ai rencontrées à l’instant même de ma reconversion. Elles me semblent toujours être l’incarnation de l’extrême richesse des charismes.
Mais, pour l’affirmer, il faut croire en l’Esprit-Saint plus qu’aux idéologies. L’Un et les autres s’emparent de nos esprits mais avec des effets bien différents : l’idéologie uniformise en divisant tandis que l’Esprit diversifie en unifiant.

Le temps de la jeunesse 4

Première conviction (fausse) : les jeunes sont le passé de l’Eglise

 Soyons lucides : aujourd’hui rien ne peut les captiver dans ce que nous proposons. Les messes sont répétitives, les dogmes déjugés, la morale inaccessible, nos pratiques illisibles.

Réponse de l’archevêque : non.

Certes, jadis, les bancs des servants de messe, ceux de nos catéchismes, ceux de nos mouvements pliaient sous le poids des jeunes. C’étaient nous peut-être quand nous étions de ces jeunes, prometteurs, acquis à la cause, bénéficiaires d’une chrétienté, portés par la foi de la famille. Avec une certaine nostalgie, nous évoquons ces temps bénis où la concurrence spirituelle n’existait pas. On naissait catholique (ou protestant ou juif), on le restait, on ne se mélangeait guère, on regardait de loin les autres, dont, par des livres d’exploration, nous connaissions l’existence : athées, bouddhistes, musulmans etc. Notre intérêt pour eux était de curiosité. Mais, d’un coup, des vagues nous ont submergés. Des façons de voir tout à fait différentes nous ont atteints : la vision matérialiste nous a frappés comme à l’improviste. Étonnamment, nous n’avons pas paru préparés à l’affronter. Et si nous avons résisté à titre personnel (il m’arrive de me définir comme un survivant spirituel du naufrage idéologique des années 70), la génération d’en-dessous ne s’en est pas remise. À ce tsunami idéologique, ce sont rajoutées des communautés humaines venues d’ailleurs qui ont bousculé nos habitudes. Notre monde ancien, celui de notre jeunesse, a disparu. Avec lui, la conviction fut emportée chez beaucoup que l’Église était aussi (avant tout) la maison des jeunes.

Déconcertés, nous en sommes parfois à tenter de sauver la face ou, plutôt, de sauver le Sauveur, comme saint Pierre à Gethsémani quand il sort son petit glaive devant les gardes venus arrêter Jésus (rions, mais de qui ?). Nous en sommes parfois à chercher à rendre jolie, mignonne, agréable, acceptable notre religion. Nous cherchons à atténuer le mystère de la foi, à rendre la morale moins abrupte, à courir derrière la mode qui, malheureusement, va vite, très vite, trop vite pour nous.

Bien entendu, l’Église réfléchit sans cesse aux adaptations nécessaires au lieu et à l’époque où elle s’enracine. Mais adapter, c’est du quotidien. Cela ne nécessite pas un synode. La présence des jeunes dans l’Église et dans nos communautés ne dépend pas de « trucs » créatifs plus ou moins magiques. Il ne nous revient pas d’appâter le chaland en bricolant une modernité ajustée à l’Église ou une Église mesurée par la modernité. Beaucoup l’ont essayé avant nous pour un bénéfice nul ou éphémère.

à suivre dimanche prochain

Le Temps de la jeunesse 3

Lettre pastorale sur les jeunes Monseigneur Luc Ravel

Dans la boue du concret

Le but de notre marche doit avoir pour chacun de nous immédiatement une forme concrète. Une vision séparée de toute implication personnelle ne changera rien à notre mission, même si cette idée est cultivée et approfondie.

Les marcheurs le savent : une chose de préparer sa course sur une carte, à la veillée d’armes. Une autre de s’enfoncer sur le chemin, au petit matin. La marche en théorie sur plan ne vaut pas le premier pas en pratique sur le terrain. Or, en raison de la difficulté de la route, de toute route, le marcheur ne se met concrètement en piste que si son état d’esprit est ajusté sur l’enthousiasme. En cas contraire, il ne se lève pas le matin. Il reste dans le songe agréable d’une marche en pensée sur la carte.

Ainsi de nous, si notre état d’esprit n’est pas passionné par la jeunesse.
Nous vivrons ce synode non pas comme une marche en avant mais comme un thème sympathique. Les thèmes, nous aimons les traiter dans une conférence abstraite. Mais ils ont pour inconvénient de ne pas remuer la volonté et, au final, de nous laisser sur place. Un thème bien traité nous instruit. Il ne nous bouge pas.
Car nous n’avançons pas à coups de connaissances mais à force d’une volonté enflammée.Nous subirons probablement des leçons sur les jeunes par des experts d’une jeunesse « qui n’est plus ce qu’elle était ».
De ces réflexions abstraites, on tirera des conséquences infertiles avec des paroles acides pour la pastorale de la jeunesse et pour les familles. Résumons-les : si elles avaient fait leur travail, nous n’en serions pas là. Et c’est ainsi que, depuis des décennies, beaucoup restent sur le bord du terrain comme juges de ligne, prompts à siffler les fautes des autres.

Aujourd’hui, je vous presse de rejoindre ceux qui nous ont précédés avec vaillance dans leurs familles, leurs aumôneries et leurs mouvements. Descendons sur le gazon, dans la boue du concret, auprès des jeunes : car il y en a autour de nous tous. Au moins un ou deux : un fils, une fille, une sœur, un ami, un jeune clerc, une étudiante… Et ça suffit.

Et il ne nous est pas nécessaire de les connaître totalement pour les aimer parfaitement. Du reste, cette volonté de tout connaître d’une personne ou d’une situation avant de se lancer n’est pas aussi raisonnable qu’elle y paraît. Derrière ce désir, se cache souvent une manœuvre subtile pour éviter le risque. Comme il est impossible de connaître par avance toutes les conditions d’une action à faire, ou même toutes les facettes d’une personne à aimer, on retarde sans cesse l’engagement. Et on le fait avec une bonne conscience en granit (ou en grès rose), persuadé d’avoir agi avec prudence.

En résumé, il ne me semble pas nécessaire d’être un spécialiste de la jeunesse d’aujourd’hui pour s’engager à ses côtés. Les quelques éléments fournis dans ces lignes seront largement suffisants. Passer à l’action concrète n’est alors qu’une question de volonté.

La volonté pousse à marcher en vrai, si elle est enflammée de convictions puissantes. Et elle pousse à marcher droit, si ces convictions sont justes. Vérifions quelques-unes de ces convictions, quant à leur présence, quant à leur justesse.

Lettre complète en téléchargement à partir du site du diocèse :

Lettre pastorale de Mgr Ravel Le temps de la jeunesse